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DR MABUSE : UNE ÉPOPÉE BERLINOISE

11 May 2017

Quand tomba l’invitation de Christof Blaesius à venir performer au Ballhaus, un des plus vieux cabarets de Berlin, le quatuor s’écria d’une seule voix : "NACH BERLIN !" Il s’agissait donc de rendre hommage au maître sur ses propres terres. La première tournée internationale de Dr Mabuse: Live & Spacial Experience ! Dans un van rempli d’enceintes, sur des transitions wagnériennes tonitruantes, ils filèrent à l'Est.

 

Au premier soir de représentation, Berlin répondit à leur appel, au-delà de leurs espérances. La ville n'était-elle pas un personnage à part entière de Docteur Mabuse, le Joueur (1922)  ? "Un Berlin d’avant la malédiction, d’avant la destruction quasi-totale". Dans ce décors années 20, au lustre éclatant, aux dorures opulentes, aux poitrines chargées de grappes de raisin, la descente dans le temps opéra donc à plein régime.

 

De part et d’autre de la salle, des rangées d’antiques téléphones faisaient écho à celui que le Docteur Mabuse empoigne avec fermeté dès la scène d’ouverture. Et les salles de jeu clandestines comme le Petit Casino et sa scène escamotable firent rêver les spectateurs qui s’en extasiaent à l’entracte.  Le vin mousseux et le Pro Secco par trois fois coulèrent à flot  sur l’immense bar du Ballhaus, dans une atmosphère feutrée. Pour un peu on aurait dansé !

 

Du cercle des invités, surgit chaque nuit un personnage différent, qui, en nous remettant sa carte, invitait le groupe à venir se produire dans sa ville natale, à Amsterdam, au Luxembourg et pourquoi pas, à Athènes ! Berlin est encore le carrefour de l'Europe. Et dans les virées nocturnes où se brouillait la frontière entre public et musiciens, la ville révélait ses arrières-cours, ses arrières-salles, et des lieux secrets, où le temps semblait s’être arrêté.

 

Il était prévu, sur le chemin du retour, de faire halte à Hanovre, au Künstlerhaus, Palais des Arts, dont la cinémathèque organisait une grande rétrospective. Quelle belle surprise de voir l’affiche qu’ils avaient eux-mêmes conçue pour le concert. Au bar, un grand blond ressemblait comme deux gouttes d’eau à Otto Sanders, le second ange des Ailes du Désirs... à n'en pas douter, nous avions déjà à moitié  basculé dans un film sans en connaître le réalisateur. Au premier rang, un vieil allemand au cheveux blancs, hirsutes, nous confia qu’il avait vu ce film enfant, avec son père. En le redécouvrant en musique,  en copie restaurée il avait presque l’impression qu’il était sorti la veille. Étranges décalages temporels, et pour nous, conviction que nous étions sur le bon chemin.

 

Cette première tournée s'est déroulé à un rythme effréné : celui des installations et des démontages, des moments de grâce et des siestes improvisées dans ce gymnase luxueux dont utilisions subrepticement les douches, habillés en jogging fluo, celles de notre maison ayant gelé !

 

Quand il fallut repartir pour Paris, ayant conservé par miracle l’intégralité du matériel en bonne état, et la santé impeccable des membres du groupe, on mit les gaz vers le Chapiteau du Cirque Electrique, qu’il fallait impérativement rejoindre avant la nuit, histoire d'y entreposer notre montagne d’équipement. Après tant de décors historiques, le Chapiteau renvoyait à une autre dimension : celle du Cirque — cable, tenture et gradins sans âge. Dôme d’une toute autre ampleur que celle du cabaret.

 

Tendre l’écran dans toute la largeur de cet hémicycle annonçait un spectacle au proportions épiques. Mais le public serait-il au rendez-vous ? Nous suivions, incrédules, le nombre des réservations qui grimpait, grâce à la belle énergie de l’équipe du Cirque Électrique. Coïncidence exceptionnelle (je jure que nous n’y étions pour rien !) le 27 avril était aussi la date de la première internationale du Dr Mabuse à l’Ufa-Palast, Berlin, en 1922. 

Voici que la tournée se bouclait symboliquement sur elle-même, sous le regard bienveillant du fantôme de Fritz Lang.

 

Et le troisième soir, par la magie du bouche à oreille, nous étions 350, bouches bées, à affronter le terrible Docteur. Point culminant de cette tournée, la salle toute entière était électrisée comme dans une cage de Faraday. Jules aux cheveux fous, avait les mains dans le son jusqu'au coude, Noam au micro esquissait l’atmosphère nécessaire au voyage temporel, et quand Clément et Gaétan firent leur entrée sur scène, les dés en étaient jetés : le Dr Mabuse continuerait l'aventure !

 

 

crédit photo : Johnny Lee (Berlin), Pascal Rivière (Paris)

 

 

 

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